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Amérique Details
Lire Amérique et découvrir les dessous d?un continent fabuleux. Approcher un autre univers, un autre temps, un autre monde. Recevoir les images d?une utopie étrange qui, sans cesse, oscille entre rêve et réalité. Avec Jean Baudrillard comme guide et mentor. Amérique ou le vrai texte de la modernité.

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L'Amérique de Baudrillard est d'abord un messianisme fourvoyé en destinée manifeste, alibi suprême d'une boulimie d'extension territoriale. C'est encore la chimère de ce fameux monde parfait né en vielle Europe et jamais expérimenté, qui ici vient se confronter à l'expérience du réel. Ce n'est pas l'?uvre au noir qui naitra de ce chaudron magique, mais un faux prophète, un marchand de sable, le rêve américain à la fois utopique et contre-utopique, et son ombre infernale, le capitalisme. Le capitalisme prétend offrir le bonheur, l'eu-topos, mais il oublie de dire qu'à l'instar de son aïeule utopienne la condition de son monde heureux est de vivre en parasite sur le dos de ses voisins. C'est à ces deniers que revient la charge d'absorber les rejets, ordures, surplus excédents et pardessus tout, les problèmes sans solutions. Tout autant, comme un bonimenteur de foire qui veut nous vendre sa salade, le capital oublie d'annoncer à ses oilles qu'ils seront jetés hors du nid dès lors que les signes d'obsolescence économique se manifesteront, rejoignant ainsi la masse de ces déchets sans abri passés en perte et oubli. Les puritains annonçaient le grand royaume de l'?tre et c'est celui de l'Avoir qui a triomphé. On retrouve là les thèmes que l'auteur développait dans sa La société de consommation.Voilà un argumentaire qui suffirait à retenir toute notre attention. Pourtant c'est en affirmant que l'Amérique, comprenez les USA, offre toutes les caractéristiques de la société primitive que l'auteur nous captive totalement. Rien à voir avec de l'antiaméricanisme primaire, mais tout au contraire une remarque qui nous éclaire au-delà même du sujet. Pour Baudrillard en effet, la mentalité américaine a tous les critères du totémisme primitif dans le sens où Durkheim(1) le perçoit en partie, c'est-à-dire comme un médium identitaire du groupe social, presque l'ancêtre du gentilé qui unit une communauté à sa terre. Le Totem est ainsi le symbole autour duquel vont se cristalliser la tradition les rites, les lois et tabous, les interdits, mais aussi les objets cultuels, les êtres magiques auxquels on est lié, en un mot l'originalité d'un groupe. En Amérique le drapeau étoilé, le patriotisme, la culture du winner, l'Aigle, sont ces images totémiques qui ont répondu à ce besoin d'identité qui ne pouvait être ni celle de la vieille Europe, et encore moins celle des autochtones. Ces constats viennent alors en résonnance avec Durkheim, et apportent un regard sur lequel il ne s'est, semble-t-il, pas attardé. Le totémisme en fait consiste pour un peuple à se créer une mythologie et même une cosmogonie, dès lors qu'il n'a pas d'histoire pour répondre à ce besoin. C'est on peut le dire, la définition de l'Amérique, un peuple en construction d'une histoire qui lui appartient. Au passage et en corolaire on peut imaginer que la destinée de l'histoire est aussi de remplacer ce tissu de représentations mythiques dont les religions nous régalent.Pour conclure on peut avancer qu'une certaine forme de pensée de type magique convainc tout bon américain qu'il est protégé par la bonne étoile de son Totem et qu'il en sera éternellement ainsi sur une terre qui pour lui sera magiquement préservée de l'épuisement auquel on la mène. Saint Profit, faites qu'il en soit toujours ainsi !(1) lire sur ce sujet Les formes élementaires de la vie religieuse (6e éd.)


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